RechercherContact

Relief & Reconciliation

Le père Paolo Dall’Oglio

Faire la paix, c’est avoir de la curiosité, de l’attention, de l’ouverture pour la différence.

Père Paolo Dall’Oglio

Au début des années 1980, Paolo Dall’Oglio, alors jeune jésuite italien, entreprit de relever le monastère en ruine de Deir Mar Moussa, dans le désert au nord de Damas. La communauté qu’il y fonda se consacra à l’amitié entre chrétiens et musulmans et accueillit des hôtes de toutes confessions. Relief & Reconciliation est née de cet esprit : Paolo est notre cofondateur et notre mentor.

Dans cette vidéo, enregistrée en juillet 2026 dans notre Centre de paix au Akkar, notre président Friedrich Bokern raconte comment Paolo est devenu pour lui un ami, un mentor et l’inspiration de notre association (en anglais).

Une vie pour la Syrie

  • 1954 : naît à Rome le 17 novembre.
  • 1975 : entre chez les jésuites et étudie l’arabe et l’islamologie à Beyrouth et à Damas.
  • 1982 : découvre les ruines de Deir Mar Moussa, un monastère dont les origines remontent au VIe siècle et qui était abandonné depuis le XIXe siècle, et entreprend de le reconstruire.
  • 1984 : est ordonné prêtre dans le rite syriaque catholique.
  • 1989 : obtient son doctorat à l’Université pontificale grégorienne de Rome, avec une thèse sur l’espérance dans l’islam.
  • 1992 : fonde avec Jacques Mourad la communauté Al-Khalil à Mar Moussa, ouverte aux hommes comme aux femmes et consacrée à la prière, au travail, à l’hospitalité et au dialogue entre chrétiens et musulmans. Al-Khalil, « l’ami de Dieu », est le nom que le Coran donne à Abraham.
  • 2009 : docteur honoris causa des universités catholiques de Louvain et de Leuven, en Belgique.
  • 2011 : appelle à une transition pacifique et démocratique en Syrie, une « démocratie consensuelle », et rencontre des militants de l’opposition.
  • 12 juin 2012 : quitte la Syrie à la suite d’un ordre d’expulsion et rejoint le nouveau monastère de sa communauté, Deir Maryam al-Adhra, à Souleimaniye, au Kurdistan irakien. En décembre, il reçoit le prix de la paix de la région italienne de Lombardie.
  • 29 juillet 2013 : est enlevé à Raqqa par le soi-disant « État islamique ».
  • 2023 : parution d’Il mio testamento, les derniers entretiens spirituels qu’il a donnés à sa communauté, avec une préface du pape François.

Les dates suivent les articles de Wikipédia sur Paolo Dall’Oglio en anglais, en italien et en français.

Comment Relief & Reconciliation est née

Friedrich Bokern, notre président, l’a rencontré en 2008, lors de son premier voyage en Syrie. Une amie de ses années d’études à Paris venait d’écrire le premier livre sur Paolo et son monastère ; après l’avoir lu, il a voulu rencontrer l’homme qui l’avait inspirée. Friedrich a gravi les plus de 300 marches qui mènent à Mar Moussa et entendu un cri : c’était Paolo, qui interpellait l’un des moines, avant de l’accueillir à bras ouverts, comme tant d’autres. Paolo avait un cœur assez grand pour nouer de vraies amitiés avec des centaines, peut-être des milliers de personnes venues de Syrie, du Liban et du monde entier. Ce qui a le plus frappé Friedrich, c’est son amour de l’islam et son goût de la différence : non pas une raison de conflit et de haine, mais de curiosité et d’humilité.

En 2012, alors que la moitié de la population syrienne était chassée de chez elle, un groupe d’amis qui se connaissaient de Syrie et du Liban a décidé de ne plus rester spectateur. Friedrich s’est tourné vers Paolo, peu avant que le régime d’Assad ne le contraigne à l’exil. Ils se sont retrouvés en Italie en août 2012, où Paolo enchaînait les conférences ; de 23 heures à 3 heures du matin, ils ont passé leurs projets en revue. « Je veux que cette association voie le jour, et je veux en être », a dit Paolo. Le nom Relief & Reconciliation était son idée : notre solidarité devait être totale et regarder vers l’avenir, pour gagner la paix après la révolution, pour la réconciliation et un avenir meilleur pour les jeunes.

Pour la plupart de nos membres fondateurs, Abuna Paolo a été un ami et une source d’inspiration. Il a validé notre jeune projet alors qu’il n’était encore qu’une idée et se considérait comme membre fondateur et mentor de notre association. Par souci de neutralité politique, nous avons décidé ensemble d’être indépendants ; mais il a activement soutenu notre action et nous a guidés tout au long de notre première année.

Au cours de l’année suivante, Friedrich a passé deux mois avec Paolo dans son exil à Souleimaniye, au Kurdistan irakien, avec le père Jens et d’autres, à rédiger nos statuts et nos appels aux dons. Paolo en a envoyé deux à tout son réseau, et ensemble ils ont tenu des réunions à Paris, Bruxelles et Berlin.

Le père Paolo et Friedrich Bokern côte à côte devant un ordinateur portable
Paolo et Friedrich Bokern, notre président, au travail pour notre jeune association

À Qusayr et le long de l’Oronte

Le père Paolo est venu deux fois à Qusayr, en 2011 et en 2012, pour négocier la libération d’otages et apporter un soutien pratique et moral à une population assiégée par le régime d’Assad. Lors de l’un de ces séjours, il a organisé l’achat et le transport d’un grand générateur jusqu’à Ayn Al-Tannour, au bord de l’Oronte, d’où Homs est alimentée en eau potable. Le siège avait coupé les lignes électriques ; grâce au générateur, l’eau coulait de nouveau. Le directeur de la station de pompage locale se souvient encore très bien de lui.

À cause d’une vidéo publiée pendant son second séjour, qui le montrait rompant le jeûne avec des rebelles, le régime d’Assad l’a exilé en juin 2012. Selon ses propres mots : « Notre djihad est un djihad pour la démocratie. »

Avant sa disparition, il nous avait demandé d’être prêts, le jour où le régime d’Assad tomberait, à envoyer des volontaires internationaux le long de l’Oronte, dans les régions mixtes où les minorités craindraient des représailles.

Le père Paolo, de nuit, tenant une pancarte « Stop »
Paolo demande l’arrêt des bombardements contre les civils en Syrie

Je ne veux pas vivre une autre vie qu’un don radical, dans la vie et dans la mort.

Père Paolo Dall’Oglio

Disparu à Raqqa

Le 29 juillet 2013, le père Paolo a disparu à Raqqa. Il s’était rendu seul et de son plein gré dans la capitale de l’« État islamique en Irak et en Syrie », tout juste proclamé, pour négocier la libération d’otages détenus par ce groupe extrémiste et pour construire la paix. Nous nous sommes téléphoné juste avant son arrivée et avons parlé du danger. Il en était parfaitement conscient, mais il devait y aller. Lui qui avait consacré sa vie à la Syrie et à l’amour de l’islam ne pouvait tourner le dos à l’heure la plus sombre de l’histoire moderne de la Syrie.

C’était son troisième voyage dans les zones libérées de Syrie depuis son exil. Friedrich l’appelle le chemin de Paolo vers Jérusalem : il savait qu’il pourrait souffrir et ne pas revenir, et il y est allé malgré tout. Il suivait la spiritualité de Louis Massignon, qui l’inspirait, et de la Badaliya : le badal est celui qui s’offre en échange d’un otage.

Paolo n’a jamais vu notre Centre de paix au Akkar. Le jour même de sa disparition, le 29 juillet 2013, nous y tenions notre premier grand rassemblement, pendant le mois de ramadan. Le mufti sunnite de la région, les évêques orthodoxe et maronite et, pour la première fois, des représentants alaouites ont rompu le jeûne ensemble, avec des centaines de réfugiés syriens qui venaient de franchir la frontière, parmi lesquels des combattants grièvement blessés de l’Armée syrienne libre. Chacun craignait que les services secrets n’écoutent, mais ce fut un premier moment de réconciliation, suivi de beaucoup d’autres. Ce soir-là, le père Jens a appelé d’Irak : Paolo n’était pas revenu du quartier général de l’État islamique.

Nous n’avons plus de nouvelles depuis qu’il est entré dans la base des combattants de l’EIIL.

Fidèles à sa mission

Les étés qui ont suivi sa disparition, nos volontaires du Centre de paix au Akkar ont tenu une neuvaine pendant les neuf jours précédant le 29 juillet : musulmans, chrétiens et personnes d’autres convictions se retrouvaient sur le toit pour un moment de silence, lisant des paroles de Paolo à côté de textes des traditions juive, chrétienne et musulmane. À Beyrouth, nous nous sommes joints aux veillées devant l’église jésuite Saint-Joseph, où il avait étudié.

Le Akkar, où des villages sunnites, alaouites et chrétiens se sont autrefois affrontés, est aujourd’hui un modèle de coexistence pacifique : ses responsables religieux forment un comité spirituel qui se réunit régulièrement et aide à apaiser les tensions.

Après la chute du régime d’Assad, nous avons suivi ses traces jusqu’en Syrie. Depuis janvier 2026, notre Centre de paix de Kadesh, près de Qusayr, se dresse au bord de l’Oronte, dans la région même qu’il avait visitée en 2012. Nous honorons ainsi sa mission : rassembler musulmans et chrétiens de différentes confessions autour d’une cause commune, un avenir meilleur pour les jeunes.

Friedrich Bokern, notre président, le dit ainsi : « Paolo m’a appris ce que signifie vraiment la solidarité spirituelle : faire de la place à l’autre dans son cœur, et découvrir que l’autre peut être un ami, malgré toutes les différences et malgré tout ce qui s’est passé. »

Vous aussi pouvez faire un petit pas vers la solidarité et la paix : partir comme volontaire au bord de l’Oronte, soutenir notre action ou venir nous rendre visite au Liban ou en Syrie. Et rendez-vous à Deir Mar Moussa, où une communauté vivante de moines et de moniales pratique chaque jour l’hospitalité de Paolo, pour tous les Syriens et toutes les personnes de bonne volonté.

De génération en génération, le mot Syrie sera synonyme de résurrection.

Père Paolo Dall’Oglio

Pour aller plus loin